La Gay Pride de Paris, en 2014. Wikipédia/Rog01, CC BY-SA

 Arnaud Alessandrin, Université de Bordeaux and  Johanna Dagorn, Université de Bordeaux

Depuis la rentrée, il ne se passe plus un jour sans qu’une agression homophobe ou transphobe soit recensée par la presse ou sur les réseaux sociaux. L’association SOS homophobie alerte depuis de nombreuses années sur les actes LGBTphobes dans des rapports annuels qui traduisent le surgissement du rejet dans tous les espaces de la vie sociale. En 2016, l’espace public (rues, transports…) représente 14 % des plaintes enregistrées par l’association. Nos enquêtes révèlent pareillement l’importance de l’espace public comme anxiogène pour les personnes LGBT+. Travaillant sur quatre villes de la région Nouvelle Aquitaine autour des notions de « sexisme » et « d’espace public », nous avons extrait quelques données concernant les personnes LGBT+.

Une ambiance urbaine fragilisée pour les LGBT+

Nous avons demandé aux personnes interrogées de noter la ville en fonction de critères (cf : tableau infra). Il ressort que les personnes LGBT+ ont, en moyenne, un ressenti du « climat urbain » plus négatif. En effet, plus d’un quart (26 %) de l’ensemble des répondant·e·s trouvent l’ambiance urbaine « plutôt bonne » contre seulement 10 % des personnes LGBT+. A l’inverse, plus d’un quart 28 % des personnes interrogées trouvent l’ambiance urbaine « mauvaise ou très mauvaise » contre 45 % des personnes LGBT+. Ces résultats nous interpellent puisque ces chiffres n’ont été nullement collectés durant les grandes manifestations à l’encontre du mariage pour tous. Il ressort donc de ces réponses un climat urbain durablement terni et une appréhension de la ville marquée par la suspicion et les mauvaises expériences.

Une autre donnée éclaire la violence subie par les LGBT+ dans l’espace public. Les actes LGBTphobes se déroulent à hauteur de 20 % en présence de témoins nombreux (plus de 10). Ceci indique que la présence de témoins, bien souvent, ne fait pas peur aux auteurs des violences, soit parce qu’ils se sentent « légitimes » à agresser soit parce que personne n’intervient jamais. Dans nos enquêtes, en moyenne, 87 % des témoins ne font rien… Et pour les 13 % qui interviennent, près de la moitié le font pour participer à l’agression, en riant, en prenant des photos, en étant spectateur passif…

Éviter des espaces de peur de l’agression

Les chiffres relatifs aux espaces évités sont aussi très significatifs. Dans notre enquête, alors qu’en moyenne les répondant·e·s sont 42 % à éviter des lieux, les personnes homosexuelles et trans sont 57,7 % à éviter des lieux au cours de leurs déplacements, de peur de discriminations, d’insultes, d’agressions. Ce chiffre est toutefois moins élevé que durant le premier volet de l’enquête réalisé en 2014 (et qui concernait donc les 12 mois de 2013) puisque près de 72 % des LGBT+ disaient avoir évité un ou plusieurs espaces publics pour les mêmes raisons. Les traces laissées par les manifestations contre le mariage pour tous semblent là aussi palpables. De ce point de vue, il n’est pas nécessaire d’avoir été discriminé, harcelé ou insulté pour avoir peur d’un ou de plusieurs espaces publics. Le simple fait de se savoir potentiellement « insultable » rend les déplacements périlleux.

Apprendre la menace de l’agression dès le plus jeune âge

La répartition par âges montre enfin que les LGBT+ apprennent très vite l’existence du risque discriminatoire. Loin devant toutes les autres catégories de victimes réelles et potentielles (racisées, en situation de handicap, etc.), les LGBT+ sont ceux qui témoignent le plus de harcèlements et d’injures avant leurs 19 ans. Comme l’ont montré les travaux sur les discriminations en milieu scolaire, l’homophobie et la transphobie marquent précocement les interactions dans comme en dehors des établissements. Par conséquent, les espaces de loisirs et de regroupement des lycéen·ne·s et des jeunes étudiant·e·s dans la ville sont soumis à la présence répétée de propos à caractères homophobes.

L’augmentation récente des agressions homophobes et transphobes dans l’espace public laissera forcément des traces dans les subjectivités des personnes concernées. La menace liée aux déplacements du quotidien, aux gestes anodins comme se tenir la main, n’a rien d’une expérience normale de la ville. Les débats sur la PMA ne sont certainement pas étrangers à cette augmentation des violences. Reste à espérer que très vite, bien plus vite que lors des débats sur le mariage pour tous, le législateur se prononcera clairement en faveur de la PMA pour les couples de même sexe, pour faire disparaître une forme de violence symbolique et faire évoluer les mentalités et les comportements, afin que chacun·e, quelle que soit son orientation sexuelle, puisse vivre et se déplacer en ville sans craindre pour sa dignité et son intégrité physique.The Conversation

Arnaud Alessandrin, Sociologue, Université de Bordeaux and Johanna Dagorn, Sociologue, Université de Bordeaux

This article is republished from The Conversation under a Creative Commons license. Read the original article.

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24.10.2018 (24.10.2018)
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